Durabilité, confiance et écart entre les paroles et les actes : FFIND présente Data Pulse au Parlement européen
Pourquoi une société de collecte de données a décidé de lancer une étude indépendante sur le développement durable
On n’imagine généralement pas une entreprise de collecte de données sur la scène du Parlement européen, n’est-ce pas ?
Et pourtant, le 12 mai, nous y étions.
Notre PDG, Ennio Armato, a présenté notre étude sur le développement durable 2026 lors du Sommet Esomar Citizen Insights – Democracy in Focus; un événement organisé par Esomar, en collaboration avec le Parlement européen.
Vous vous demandez peut-être : pourquoi une société de collecte de données investit-elle du temps et de l’argent dans une étude sur le développement durable ? Aucun client ne l’a demandé. Personne ne l’a financée.
Voici le contexte.
En 2026, nous avons entamé notre démarche de développement durable. Petit à petit. Nous avons publié notre premier rapport sur le développement durable. Nous nous sommes fixé des objectifs, en tant qu’entreprise et en tant qu’individus. Et puis nous nous sommes demandé : quelle est la chose la plus significative qu’une entreprise de collecte de données puisse faire actuellement ?
La réponse semblait simple. La plus importante : donner la parole aux gens.
C’est ainsi qu’est né Data Pulse : une série continue de recherches exclusives, indépendantes et pour le bien public sur les sujets qui façonnent réellement notre monde et nos vies. Des recherches non dictées par un client.
L’Étude sur la durabilité 2026 en est à sa première édition.
Le Développement Durable en Europe : entre Sensibilisation, Greenwashing et Comportements Quotidiens
Aujourd’hui, tout le monde parle de développement durable et de greenwashing. Les entreprises publient des rapports ESG. Les gouvernements édictent des directives. Les consommateurs affirment se soucier de l’environnement. Le vocabulaire de l’engagement environnemental n’a jamais été aussi répandu.
Nous vivons une époque où le fossé entre les paroles et les actes n’a jamais été aussi lourd de conséquences. Des objectifs climatiques sont fixés. Les échéances approchent. Pourtant, l’écart entre les ambitions institutionnelles, le discours des entreprises et la réalité vécue par les citoyens demeure largement inexploité et passé sous silence.
Notre objectif était de comprendre ce qui se passe réellement au-delà des discours institutionnels et des documents stratégiques, en nous intéressant aux perceptions et habitudes quotidiennes des individus. Le tout à travers cinq axes d’analyse simples :
- Sensibilisation
- Préoccupations
- Comportements et sentiment d’efficacité personnelle
- Freins et responsabilités
- Intentions futures
Nous avons mené cette étude en mars 2026 en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni. 1000 personnes interrogées par pays, âgées de 18 ans et plus, soit un total de 5000 entretiens.
Nous avons combiné 80 % d’entretiens téléphoniques assistés par ordinateur (CATI – Computer Assisted Telephone Interviews) et 20 % d’entretiens en ligne assistés par ordinateur (CAWI – Computer Assisted Web Interviews).
Ce choix était délibéré — et pleinement assumé.
Pourquoi ? Parce que chaque méthode vous apprend quelque chose.
Lors d’un entretien téléphonique, les personnes ont tendance à se présenter sous un jour plus favorable, en exagérant leurs actions positives et en minimisant leurs inactions. Les chercheurs appellent ce phénomène le biais de désirabilité sociale, particulièrement marqué sur des sujets comme le développement durable.
Aucune de ces méthodologies n’est « meilleure ». Ensemble, elles nous donnent une image plus complète.

La Sensibilisation au Développement Durable en Europe reste Étonnamment Faible
Avant de demander ce que les gens font, nous avons d’abord voulu comprendre ce qu’ils savent. Dans cinq pays européens — France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni — moins de 4 personnes sur 10 estiment être bien informées sur les enjeux liés au développement durable environnemental. Et pourtant, l’Europe est probablement la région du monde où l’on parle le plus intensément d’action climatique. L’Allemagne affiche le niveau de sensibilisation le plus élevé : 37,3 % des répondants déclarent se sentir informés. En Espagne, ce chiffre tombe à 20,6 %.
Concernant le greenwashing — l’un des concepts les plus débattus dans le discours contemporain sur la durabilité — les résultats sont tout aussi révélateurs.
Seuls 59 % des répondants britanniques connaissent ce terme, soit le taux le plus élevé parmi les cinq pays étudiés. En Espagne, ce chiffre chute à 31,7 %. Mais connaître le mot est une chose, être capable de le définir correctement en est une autre. Dans l’ensemble des pays étudiés, les définitions exactes restent minoritaires — de 45 % au Royaume-Uni à seulement 19,4 % en Espagne.
Greenwashing et Méfiance : Pourquoi la Communication sur le Développement Durable perd en Crédibilité
Trois Européens sur quatre ne croient plus un mot de ce que les entreprises disent en matière de développement durable. Pas trois sur dix. Trois sur quatre. Et ce phénomène n’est ni générationnel, ni culturel — il traverse les classes d’âge, les niveaux d’éducation et cinq contextes nationaux pourtant très différents, avec une constance qui devrait profondément interpeller toute personne travaillant dans la communication ou les enjeux ESG.
Cette défiance n’est pas apparue récemment. Elle s’est construite au fil des années — à travers des affirmations impossibles à vérifier, des certifications que personne ne comprenait réellement et des campagnes qui ressemblaient davantage à des opérations de gestion de réputation qu’à de véritables engagements.
Et lorsque la confiance se brise à une telle échelle, les gens ne se contentent pas de hausser les épaules. Ils passent à l’action.

Plus de la moitié des Européens déclarent avoir déjà boycotté une marque pour des raisons liées au développement durable. Non pas qu’ils envisagent de le faire, mais qu’ils l’ont déjà fait — de 51,9 % en Espagne à 58,4 % en Allemagne. Et s’ils découvraient qu’une entreprise pratique activement le greenwashing, la réaction serait encore plus radicale : 73,7 % des consommateurs espagnols cesseraient immédiatement d’acheter ses produits. Même en France — le pays le plus indulgent parmi les cinq étudiés — cette proportion atteint tout de même 48,5 %.
Les secteurs les plus touchés sont la fast fashion et les produits de grande consommation (FMCG). Ce n’est pas un hasard : ce sont aussi les industries où l’écart entre les discours des entreprises et leurs pratiques réelles est le plus visible, le plus documenté et le plus présent dans la vie quotidienne.

Ce qui émerge ici dépasse largement la simple préférence de consommation. Le boycott pour des raisons de durabilité devient une forme d’expression politique — une manière pour les citoyens d’imposer une forme de responsabilité lorsque les institutions paraissent trop lentes, trop éloignées ou trop compromises pour le faire elles-mêmes.
Le Say-Do Gap de la Durabilité : Pourquoi Convictions et Comportements Ne Coïncident Pas ?
Au cœur de cette étude se trouve un indicateur que nous avons intégré à la recherche dès le départ — non pas découvert a posteriori dans les données, mais conçu directement dans le questionnaire : le Say-Do Gap, autrement dit l’écart entre ce que les individus disent croire et ce qu’ils font réellement. At the heart of the study is a measure we built into the research from the very beginning — not discovered in the data after the fact, but designed into the questionnaire. The so-called Say-Do-Gap: the distance between what people say they believe and what they actually do.
«In my own small way, my choices can make a difference for the environment.»
We asked separately about intentions and behaviours. We included a dedicated section on perceived barriers to change. We wanted discrepancies to emerge as findings, not artefacts.
Nous avons interrogé séparément les intentions et les comportements. Nous avons également consacré une section spécifique aux freins perçus au changement. Notre objectif était que les écarts apparaissent comme de véritables résultats d’étude et non comme de simples artefacts méthodologiques.
Et voici ce qui en est sorti :
L’Allemagne — le pays qui se sent le plus informé et le plus convaincu de son propre impact — affiche le Say-Do Gap le plus élevé parmi les cinq pays étudiés. 75,9 % des Allemands estiment que leurs choix peuvent faire une différence pour l’environnement. Mais seuls 62,8 % ont adopté au moins une action concrète dans la semaine précédant l’entretien. Un écart de 7,7 points de pourcentage. Entre conviction et comportement. Entre croyances et habitudes.
L’Italie raconte une histoire différente. Les Italiens recyclent et réduisent le gaspillage alimentaire à des niveaux comparables à ceux de leurs voisins européens. Mais lorsque la durabilité implique un effort économique — achats réfléchis, réduction de la fast fashion, diminution de l’usage de la voiture individuelle — l’Italie se classe systématiquement en dernière position. Ici, l’écart ne se situe pas entre le discours et les actes, mais entre les gestes faciles et les comportements qui ont un coût.

Le paradoxe générationnel : les Jeunes Européens agissent davantage
Nous avons tendance à raconter des histoires simples sur les générations et la durabilité : les jeunes s’engagent, les plus âgés résistent. L’avenir appartiendrait à ceux qui ont grandi avec Greta Thunberg à la télévision et les pailles en plastique interdites dans leurs cantines. Oui, les Européens les plus jeunes (18–34 ans) agissent davantage. Mais ils croient moins — ils sont moins convaincus que leurs choix individuels aient réellement un impact. Les générations plus âgées (55 ans et plus) présentent le schéma inverse : fortement convaincues de leur propre influence, mais beaucoup moins susceptibles d’avoir entrepris une action concrète au cours de la semaine précédente. Entre action et conviction, il s’avère que les trajectoires ne coïncident pas toujours.
La Confiance du Public dans l’Action des Gouvernements en matière de Durabilité Reste Faible
Le développement durable est désormais un élément central des agendas gouvernementaux à travers l’Europe. Directives, plans de transition : l’architecture institutionnelle est en mouvement. Et pourtant, lorsqu’on leur demande d’évaluer l’engagement de leur propre gouvernement sur les enjeux environnementaux, les citoyens des cinq pays jugent majoritairement cet engagement insuffisant.
En Allemagne, 64,2 % le considèrent comme insuffisant. L’Italie suit avec 63,6 %, la France avec 58,5 %, l’Espagne avec 53,1 % et le Royaume-Uni avec 50,4 %. Dans aucun pays, plus d’un tiers de la population ne juge l’action gouvernementale satisfaisante.
Quant à savoir qui devrait faire davantage d’efforts, la réponse la plus fréquente dans les cinq pays est : « tout le monde, de manière égale » — gouvernements, entreprises et citoyens. Personne n’est exonéré.
Pourquoi les données d’opinion publique ne devraient pas rester dans un dossier sur un bureau
Nous sommes une entreprise de collecte de données. Nous ne faisons pas de politique publique. Nous ne menons pas de campagnes. Notre rôle n’est pas de convaincre qui que ce soit de vivre de manière plus durable.
Ce que nous faisons, c’est écouter. Avec rigueur, à grande échelle. Et lorsque l’on écoute 5000 personnes dans cinq pays avec les bonnes questions et la bonne méthodologie, quelque chose se produit : le bruit se dissipe. Des tendances apparaissent. L’écart entre ce que les gens disent et ce qu’ils font devient mesurable — et ce qui est mesurable devient exploitable.
C’est à cela que servent les données.
Si vous souhaitez explorer le rapport complet — pays par pays — n’hésitez pas à nous contacter. Nous vous l’enverrons.
Other Articles
-
CATI23 March 2026
Les défis opérationnels des études de marché téléphoniques
Pour de nombreux dirigeants d’entreprise, le fossé entre le besoin d’une réponse claire et l’obtention de données fiables et exploitables peut sembler insurmontab... -
CATI22 January 2026
Comment évolue le CATI : entretien avec un expert sur l’avenir des études téléphoniques
Il n’a jamais été aussi difficile d’atteindre les bonnes personnes pour obtenir des informations de qualité. Dans le domaine des études de marché, les entretiens téléph... -
CATI18 November 2025
Qu’est-ce qui rend la qualité des échantillons réellement fiable ?
Pourquoi “atteindre ses quotas” ne signifie pas forcément avoir touché les bonnes personnes – et comment s’assurer que votre échantillon fournisse des informations créd...
